Un gendarme se faisant corrompre

L’acte m’a toujours saoulé, oui, la corruption me saoule. Honnête citoyen, vous voulez juste vous faire servir et l’agent attend de vous que vous lui glissiez « quelque chose » pour faire avancer votre dossier. Comme on le dit au Togo, « il faut mettre de la pierre sur le dossier pour que le vent ne l’emporte pas ».

La corruption est l’action de détourner une personne de son devoir, pour l’engager à faire quelque chose contre l’honneur moyennant finance. Nombreux sommes-nous à être corruptibles ou à avoir été corrupteurs, que ce soit pour un dépôt ou un retrait de dossier, ou encore pour une formalité à l’aéroport.

Ma courte histoire à l’aéroport Léopold Sédar Senghor 

En ce mois de juillet 2016, je quittais Dakar pour Lomé. Formalités faites, je me suis dirigé vers les agents devant prendre mes empreintes et vérifier mon passeport. Notre ami vérifia mon passeport, le tourna dans tous les sens, et finalement me demanda : « Monsieur, vous allez à Lomé ? Vous êtes togolais ? Vous n’êtes pas en règle ». Je lui demandai humblement de m’expliquer la situation. C’est à ce moment que sa collègue prit la parole. Elle me demanda une carte consulaire, je l’avais ; le document qui prouve que j’ai été étudiant à Dakar, je l’avais ; finalement elle me demanda de lui fournir un certificat d’établissement. D’abord, elle ne semblait pas savoir concrètement ce qu’elle désigna par « certificat d’établissement », et ensuite elle me donna des indices d’identification assez flous. Je lui présentai mon contrat de logement, elle ne semblait pas convaincue à la vue du document. « Monsieur, je parle du certificat d’établissement. Vous avez fini vos études, vous avez séjourné à Dakar des mois ensuite, vous avez votre contrat de travail et de logement certes, mais cela ne suffit pas ». Ensuite, j’ai donc voulu savoir ce qu’elle attendait de moi (je me doutais à ce moment qu’il s’agissait de glisser un billet de franc cfa, mais je jouais le jeu à fond) ; elle ne parlait plus ; elle regardait son collègue, me jetait un regard furtif. Le collègue prit la parole : « Donnez quelque chose pour que nous avancions, vous n’avez pas le document demandé et nous n’avons pas toute la journée ». Ma réponse était claire, précise et concise : « Sauf le respect que je vous dois Monsieur, je suis en règle. Je suis togolais, un pays de l’espace communautaire CEDEAO, et je sais que je suis en règle. Je n’ai rien d’autre à part mes documents de preuve. Auriez-vous l’obligeance de me donner plus d’informations sur le document exigé ? ».10 minutes passèrent, aucune information.  J’étais là, je les regardais sans broncher.  La dame avait fini par comprendre que je ne sortirai pas un sou : « Monsieur Edem, nous vous laissons partir cette fois-ci, mais sachez que la prochaine fois vous ne vous en sortirez pas ».

Lutter contre la corruption est-il une utopie ?

Corruption et termes connexes

Crédit image : integration.com

Généralement, ce sont les usagers qui se préparent à corrompre les agents dès qu’ils ont un « blocage », dès qu’ils ne sont pas en règle ou veulent faire avancer leur dossier. Si les premiers se refusaient à le faire, les agents finiraient par se lasser avec le temps et ne pousseraient plus les honnêtes citoyens à porter la casquette de corrupteurs. Nombreuses sont organisations qui lancent des campagnes de lutte contre la corruption, mais existe-t-il des commissions de discipline efficaces au sein des institutions ? Existe-t-il des chambres ou des cours de justice que pourraient saisir les usagers pour dénoncer ces agents qui excellent dans la corruption ? Les mesures anti-corruption semblent être inefficaces en Afrique subsaharienne, que faire ?

Le Sénégal ainsi que d’autres pays comme le Cap Vert et le Botswana se sont imposés des modèles de bonne gouvernance selon le rapport « People and Corruption : Africa Survey 2015 » de l’ONG Transparency International. Les incitations légales ne suffisant plus, il serait encore plus intéressant d’avoir des lanceurs d’alertes et un cadre de protection juridique pour leur permettre de ne pas craindre pour leur vie.

Cordialement.

Education : élèves à Lomé allant à l'école

J’emboîte les écrits de mes confrères Marek, Eli et Renaud sur ce sujet épineux qu’est l’éducation au Togo. Il est important de relever que le Togo a été (il l’est toujours d’ailleurs) un excellent élève de la colonie française. Au Togo, nous sommes d’excellents théoriciens, Socrate serait peut-être un lointain parent du pays. Des universités publiques aux universités privées, il n y a point de réelle différence à mon humble avis. L’essentiel est d’avoir la moyenne de 10, éliminer la matière et passer en classe supérieure. Tous les moyens sont donc bons pour y arriver : la tricherie n’est plus traditionnelle avec des bouts de feuille circulant dans la salle, elle est devenue moderne avec les fichiers pdf et les applications sur les smartphones.

Nous ne sommes pas des robots : la formation théorique, c’est bien, mais celle pratique est encore mieux

Depuis le cycle primaire, il nous est donné de bûcher les cours et de les restituer telle qu’ils nous ont été livrés. Je me souviens de toutes les difficultés rencontrées au cours primaire en classe de CM2. La directrice se déplaçait en personne pour suivre en live « les élucubrations » de ses élèves, un véritable orchestre sans aucune masturbation intellectuelle. Ce fut le même scénario en classe de 3ème. Je fus fort étonné lorsque je foulai le sol universitaire, car je croyais que le scénario serait différent.

Les enseignants et professeurs se doivent d’orienter leurs cours vers des cas pratiques adaptés à la cible. Il serait temps de nous en dire plus sur les Grands Hommes qui ont marqué l’Afrique, de faire connaître aux étudiants juristes togolais des décisions de justice de leurs tribunaux, de faire connaître aux élèves les modes de gouvernance que les communautés traditionnelles togolaises utilisaient et la mutation qui s’en est suivie. Suite à de tels développements, plutôt que d’avoir des examens où l’apprenant devra « déverser » au sens propre du terme ce qu’il aura lu et compilé dans sa matière grise, il serait fort préférable de mettre sur pied des mises en situation qui feront de l’apprenant un acteur du cours, et non un spectateur-restituteur.

Par ailleurs, le système éducatif n’apprend pas aux apprenants à développer leurs capacités et aptitudes, mais à cristalliser leur formatage. Il serait fort intéressant de s’interroger sur des modules relatifs à la culture de valeurs morales et éthiques à intégrer dans le système éducatif. Cela aurait pu se faire plus aisément si les cours d’éducation civique et morale n’avaient pas été supprimés du cursus. Il convient de souligner à ce niveau de la lecture que l’éducation n’équivaut pas seulement à l’instruction.Vous comprenez par là qu’il ne suffit pas de savoir lire et écrire, mais de faire de ses acquis un outil de prise de conscience et de développement.  Dans ce cas, les parents ne devraient-ils pas jouer un rôle primordial dans l’éducation des enfants? Dans le même ordre d’idées, allier instruction et éducation au Togo doit être pris en compte par les acteurs (instituteurs, professeurs, parents).

Pour paraphraser Rabelais, instruction sans éducation n’est que ruine de l’âme.

Les apprenants ont besoin de se faire éduquer, aussi bien dans les institutions scolaires qu’en famille. Il est temps qu’un travail de fond soit fait. Les autorités compétentes doivent associer les institutions d’enseignement scolaire et universitaire, les parents ainsi que les jeunes, pour un plan stratégique clair, précis, concis, qui prend en compte les réalités du pays.

Quid de la connectivité et de l’utilisation de whatsapp ?

Nombreux sommes-nous à fustiger les élèves et étudiants togolais concernant l’utilisation de whatsapp. Cette application est devenue la source des malheurs et des échecs des élèves au baccalauréat deuxième partie. Mais le problème n’est-il pas ailleurs ? Combien sont les élèves et les étudiants au Togo qui ne feraient pas des recherches sur Google si la connexion internet le permettait ? Beaucoup se limitent aux communications sur whatsapp parce qu’ils n’ont guère le choix. Nul besoin de rappeler combien une bonne connexion internet à moindre coût, serait fort utile pour les élèves et les étudiants. J’en profite pour interpeller encore une fois Madame la Ministre des Postes et de l’Economie Numérique, Cina Lawson. Cependant, faire de whatsapp un outil d’éducation citoyenne est une autre paire de manches que les « Pères Fouras Togolais » devraient analyser.

La méthode de mise en situation peut être mise en œuvre dès le cycle primaire, avec l’accord des autorités compétentes. Intégrer donc un certain nombre de postulats dans le système éducatif ne doit plus être à l’étape de questionnement, mais de réflexion et d’action. La période de latence doit prendre fin, il nous appartient à présent de prendre une décision, pas pour nous, mais pour nos enfants.

Cordialement.

Equipe de France contre l'Allemagne Euro 2016
schweinsteiger et Pogba à la fin du match France Allemagne

schweinsteiger et Pogba à la fin du match : europe1.fr

J’ai suivi avec attention la demi-finale de l’Euro 2016 entre les deux grandes nations européennes le 7 juillet dernier. Le jeu de l’équipe de France m’avait séduit, et pour la première fois depuis le début de la compétition, la France me semblait convaincante, vu sa victoire de deux buts à zéro (2-0), j’en ai donc tiré trois leçons qui peuvent être utiles à toute personne.

Avoir un objectif clair 

Nul besoin de vous rappeler que la France est la nation organisatrice de l’Euro 2016. Juste pour cela, l’équipe nationale française de football s’est donnée pour objectif de remporter cette coupe. Saviez-vous qu’en 1984 (je n’étais même pas programmé naître), la France avait soulevé la coupe d’Europe alors qu’elle était organisatrice ? Cette année, l’objectif est défini, elle veut dessiner le même schéma. Avoir un objectif est primordial dans tout projet, le process suit après.

description imagée de la détermination

Crédit image : fr.dreamstime.com

Avoir de la détermination et une stratégie

Pourquoi certains projets voient le jour, et d’autres meurent avant même que le soleil ne se couche ? Mettons de côté toute considération hasardeuse, sans stratégie et détermination, vous n’y arriverez pas. L’entraîneur de l’équipe de France, Didier deschamps a eu à réadapter sa stratégie de jeu après le match nul contre la Suisse. On a beau bien se préparer, il y aura probablement des choses qui ne marcheront pas. Il n’y a pas de stratégie toute faite, juste des stratégies décapotables.

La France est déterminée, elle veut aller loin, elle y est presque.

Décider de gagner

Il y a une grande différence entre se battre et décider de gagner. Pour prendre la décision de gagner, il faut avoir médité sur la question, mis les pions sur la table de jeu et avoir la foi en sa victoire. Le seul fait de décider vous permet d’entrevoir de loin la victoire, « ça y est, je peux l’avoir, je vais l’avoir, je l’ai », diriez-vous. L’équipe de France s’est mise dans la peau du gagnant, et elle continue son petit bonhomme de chemin vers le Saint Graal.

Equipe de France contre l'Allemagne Euro 2016

Equipe de France Euro 2016 : lequipe.fr

L’équipe de France est en partie composée de noirs, et alors ?

Je ne vais point me lancer dans ce débat stérile sur la couleur de peau ou l’origine des joueurs de l’équipe de France, je trouve cela dépassé bien que des séquelles existent toujours. Ils sont peut-être noirs ces français, mais ils nous montrent de fort belle manière qu’obtenir une chose que l’on désire ne se décrète pas.

Il ne s’agit pas de rester dans un coin et de prier Dieu d’insuffler de la positivité aux dirigeants ou aux coachs, il s’agit d’être soi-même positif, de se battre, de se préparer aux obstacles, de définir une stratégie « décapotable » (sait-on jamais) et de décider en son for intérieur de gagner et les batailles et la guerre.

Rien n’est acquis dans ce monde lorsque nous parlons de projets. Tirez des leçons utiles de toute situation aussi rocambolesque soit-elle au lieu de développer des inepties sur les réseaux sociaux. Retroussez les manches, tombez, relevez-vous et marquez vos coups de tête comme le fait l’équipe de France.

Cordialement.

Visuel AfricaFilmstv

Nombreux sommes-nous à suivre des films et séries africaines sur les chaînes A+, Nollywood ou rti. Il nous arrive d’avoir cette envie d’acquérir une série africaine pour y revoir certains détails croustillants au calme sur notre laptop, mais nous ne savons comment nous la procurer. Nous finissons par nous résigner tout en guettant les rediffusions. Il a fallu discuter avec un ami de longue date, Cedric Schadrach, Chanel Manager, community manager à AfricaFilmstv, pour me rendre compte qu’il y a un site agrégateur de contenus 100% africains.

Cedric Schadrach au bureau

Schadrach Cedric A : Chanel Manager à AfricaFilmstv

Connaissez-vous AfricaFilmstv, promoteur des œuvres cinématographiques africains ?

AfricaFilms.tv est un site de Video On Demand (VOD) dédié aux films africains, aux films sur l’Afrique, aux films de la diaspora. Il est agrégateur de  contenus 100% africains, en termes de vidéos, films documentaires, d’animations, longs et courts métrages et de la musique. Site de téléchargement payant légal, accessible depuis le monde entier, AfricaFilms garantit des revenus équitables aux producteurs africains. Il leur propose en outre des services exclusifs et gratuits, leur permettant notamment de créer des sites web intégrant leur propre boutique VOD. Il est possible de louer ces films à moins de 5 dollars ou les acheter pour une durée indéterminée à moins de 10 dollars. AFRICAFILMStv fait partie des tout premiers partenaires Premium Publisher de Google Senegal avec des chiffres d’affaires intéressants pour la promotion de ces œuvres cinématographique africaines.

Visuel AfricaFilmstv

Crédit image : AfricaFilmstv

AfricaFilmstv veut démocratiser l’achat de films africains en ligne sur le continent africain

La mayonnaise de l’e-commerce au Sénégal n’a pas autant pris que beaucoup l’espéraient. Bien qu’en 2015, 1 millions de sénégalais aient acheté en ligne, il demeure « assez difficile » pour la population d’acheter en ligne. La faute n’est pas seulement au faible taux de bancarisation au Sénégal (15%), mais également aux habitudes d’e-commerce qui ne sont malheureusement pas développées en Afrique subsaharienne. Ainsi, le partenariat entre AfricaFilms et Paydunya est salvateur pour les cinéphiles. Il faudra sensibiliser la population sur l’avantage de passer par Paydunya pour se procurer un film sur AfricaFilmstv, étant donné que le consommateur n’a aucunément besoin d’avoir un compte bancaire pour effectuer cette opération.

Cartes de crédit et livraison

Crédit : Teranga Web

Quelles conclusions faut-il en tirer ?

Selon les statistiques de Jumia sur les modes de paiement, 95% des sénégalais utilisent le paiement après la livraison. Cela traduit encore une fois le faible taux de bancarisation et la crainte des consommateurs à payer en ligne.

Par ailleurs, nombreux sont les acteurs et artistes africains qui se plaignent des pirateries et des différentes malversations qui se font dans le milieu du cinéma et de la musique. Les populations sont en accord avec leur plainte, mais que font-elles pour les aider à sortir la tête de l’eau ? Et quid des autorités, telles les ministères de la culture ? Imaginez-vous que selon les statistiques montrant les tendances e-commerce au Sénégal réalisées par Jumia, les cinéphiles sont en tête avec 6,64% de l’activité totale du commerce électronique dans le pays. Ne serait-il donc pas préférable d’acheter les films et les albums des acteurs du cinéma et de la musique, au lieu d’attendre de se les procurer auprès d’un de nos contacts au marché noir ? Nous achetons des gadgets électroniques à 300.000 F CFA (près de 460 euros), mais nous trouvons trop chers des films qui coûtent entre 7 et 15 dollars (moins de 10.000 F CFA et de 13 euros).

Nous sommes également disposés à nous procurer des contenus occidentaux, mais lorsqu’il s’agit de contenus africains, nous trouvons cela « trop suspects et chers ».

Il est temps de penser autrement, de se laisser influencer par d’autres habitudes sans toutefois tomber dans la dépendance, de permettre aux acteurs culturels de vendre à profit ce qu’ils ont eu à produire. Nul besoin de vous rappeler l’impact positif d’une telle situation sur l’économie de la zone UEMOA. Nous avons l’opportunité de voir développer des initiatives pouvant permettre à l’économie d’avoir le vent en poupe, mais nous n’arrivons pas à transcender des habitudes ancrées en nous. La même situation s’observe dans l’achat de livres électroniques en Afrique. Nous voulons par exemple nous procurer l’e-book SuperWomen d’Ibuka Ndjoli et Sakina Traoré, mais gratuitement. Faisons des efforts afin de permettre aux innovations africaines en ligne de prospérer.

Cordialement.