Développement de l'Afrique via l'entrepreneuriat

Vous l’aurez compris, le titre de l’article est un droit de réponse à l’article de mon cher ami Hamidou Anne : Non, l’entrepreneur ne changera pas l’Afrique. J’aurais préféré « Non, l’entrepreneur ne changerait pas l’Afrique », mais encore…

Je ne serai pas long dans ce léger billet. L’article du chroniqueur du Monde Afrique aborde un certain nombre de points avec lesquels je suis plutôt d’accord :

« Des lobbies financiers drapés pourtant dans un épais manteau de bonne volonté et de philanthropie contrôlent le curseur du débat public. Ils ont choyé l’entreprenariat et ont imposé les termes du débat. Pas un jour sans un article, une vidéo ou des affiches sur les réseaux sociaux vantant les mérites du jeune X auparavant en France ou au Canada et dorénavant rentré avec un génial projet Y pour sauver l’Afrique. Pas une rencontre de jeunes sans entendre ce fameux discours touchant et bien convenu sur la nécessité de construire une alternative aux Etats en se lançant tête baissée dans le montage d’une start-up » Hamidou Anne, Le Monde Afrique

Il est vrai que le vrai visage n’est parfois pas montré, le chemin tortueux par lequel il faut passer et par lequel on arrive à réussir. Il est vrai que de grands groupes et des multinationales se lancent dans le financement des startups en Afrique, comme pour se sentir moins sales dans leur responsabilité sociale fort décriée. Il est vrai que des incohérences ne pas sont pas artifices dans cette sphère de l’entrepreneuriat en Afrique.

Cependant, lorsque je lis dans le même article d’Hamidou Anne, « Nos pays ont davantage besoin de gynécologues, d’enseignants, de policiers avec l’éthique et l’ambition nécessaires au service de l’intérêt général, que de chefs d’entreprises se résumant à un bout de papier administratif dans une pochette. C’est une réalité souvent qu’on élude…L’entrepreneur ne changera pas l’Afrique, car il n’est en rien supérieur au fonctionnaire, encore moins au politique. Tout dépend de ce que chacun, dans le quotidien de son engagement, fait ou aspire à faire. Il y a même, selon ma conception, une primauté de l’action publique sur le reste, qui nécessite de s’y s’engager pour que l’Afrique change véritablement et durablement. », je me pose un certain nombre de questions.

N’y a-t-il pas des success stories qui sont liées à cette action publique, comme Gifted Mom, qui lutte contre la mortalité infantile ? N’est-ce pas une sorte d’engagement socio-politique ?

Lorsque Dieretou Diallo combat pour la valorisation de la femme guinéenne voire africaine, lorsqu’Anne Marie Befoune fournit des recommandations socio-politiques pour les citoyens africains (je vous invite d’ailleurs à lire son article sur l’entrepreneuriat), lorsque je m’intéresse à une nouvelle manière d’éduquer au Togo, lorsque Aziz Yérima démocratise le paiement en ligne avec PayDunya, n’est-ce pas une forme d’engagement socio-politique ou socio-économique sous le voile de l’entrepreneuriat ? Il faut noter (Hamidou Anne le sait sûrement) que bon nombre d’actions d’entrepreneurs sont liées à l’action publique. D’ailleurs, l’entrepreneuriat est un appui aux politiques. De la même manière que tout le monde ne peut pas devenir entrepreneur, de cette même manière tous les jeunes ne peuvent se hisser au rang de propulseurs politiques. Il faut de tout pour faire un monde. J’ai d’ailleurs rédigé un billet en 2015 sur la jeunesse togolaise à propos de l’engagement politique, une théorie du changement discutable, entre désintérêt politique et frustration politique.

Il faut donc préciser, au-delà de tous ces discours de célébration de l’entrepreneuriat, que tout entrepreneur ne doit pas être défini avec « le business » collé sur le front. Critiquer l’entrepreneuriat en Afrique c’est bien, mais les jeunes qui, selon Hamidou Anne, doivent plutôt s’orienter vers l’action publique, seront soutenus par qui ? Par les mêmes grands groupes et grandes nations qui soutiennent l’entrepreneuriat je suppose ? Le problème demeure donc, malgré le changement d’orientation du combat.

Je suis d’accord avec l’hypermédiatisation dont bénéficie l’entrepreneuriat sur le continent, à tel point que certains projets primés lors de grandes cérémonies ne sortent pas du tunnel de la réalisation. Il est vrai que des actions correctives doivent être apportées au cadre entrepreneurial, afin d’y apporter une « sainteté » propice, adéquate et éthique.

J’aurais préféré que nous unissions nos forces pour un couple harmonieux entre éducation et instruction, afin de former des jeunes plus avertis, afin que l’éthique soit au centre de leurs actions, entrepreneuriales ou socio-politiques.

Je pense que l’entrepreneuriat fait partie de ce combat afroptimiste que livre Hamidou Anne, et qu’il devrait donc tenir compte de son impact positif sur les habitudes des citoyens et le continent africain.

Oui, l’entrepreneur est utile pour l’Afrique.

Cordialement.

Startup Weekend Africa Tours
Première Edition du Startup Weekend Africa à Tours

Startup Weekend Africa Tours by Edem Gbétoglo

Ils  y étaient tous, ces jeunes porteurs de projets motivés et préparés pour affronter la première édition du « Startup Weekend Africa » à Tours, organisée par Afrique Jeune Entrepreneur. Il m’a été fait honneur d’être compté parmi les mentors de cet événement. Développer un projet d’entreprise en équipe en deux jours n’a pas été une partie de plaisir pour les équipes présentes.

De BMeet à Take Up Africa, en passant par Eco Jeunes, Vijana et Sustainable For Earth , le travail au Startup Weekend Africa était à la fois amusant et complexe. Trouver le bon angle, faire les enquêtes en un temps court et proposer des services adaptés au marché africain, étaient entre autres les défis qu’il fallait relever lors de ce Startup Weekend à mille Tours.

Sewa Wilson (mentor) et Ashley Lewis (Membre du Jury) au Startup Weekend Africa Tours

Startup Weekend Africa Tours by Alain Rajaonarivony

Bravo aux mentors : Alain Rajaonarivony, Jean-louis Traoré, Fortuné Ahoulouma, Sewa Wilson, Eric Ntonfo etc… Ils ont su motiver chacune des équipes concentrées sur leur objectif. Des Cinq projets qui ont été développés lors du Startup Weekend Africa, trois projets ont été retenus par les membres du jury, dont j’emprunte la description à Alain Rajaonarivony.

Vijana : « Vijana School » (Vijana signifiant « jeunesse » en swahili) de Lionel Aba Gangoué, concerne la mise en place d’une plateforme de soutien scolaire. Elle met en relation les étudiants, susceptibles de donner les cours (création de jobs étudiants), aux élèves, avec la possibilité pour la diaspora d’aider leur famille dans le domaine de l’éducation. Ce projet remporte la première édition du Startup Weekend AfricaLe site pilote sera monté à Brazzaville, au Congo.

BMeet : « BMeet », est un site de référencement des entreprises du continent, avec page vitrine des sociétés et notations des utilisateurs. Cet outil, accessible aussi bien aux hôtels ou restaurants qu’aux cliniques ou électriciens, peut aider les très petites entreprises locales à entrer dans l’ère du numérique et à avoir une visibilité. Il a été suggéré que même ceux qui travaillent dans l’informel peuvent faire un saut qualitatif. 3000 sociétés sont espérées au bout de la première année d’activité. Douala, au Cameroun, a été choisi comme première cible.

Sus4Earth : équipe entièrement féminine composée d’une burkinabé, d’une camerounaise et d’une togolaise, elle se propose de donner une seconde vie aux déchets, en recyclant les plastiques pour les transformer en mobiliers (tables, chaises, etc…). Ce projet serait mis en œuvre, en collaboration avec des entreprises déjà sur place. Un volet important concerne la sensibilisation de la population au tri et au recyclage, en partenariat avec les écoles et des institutions. L’activité devrait démarrer à Abidjan, en Côte-d’Ivoire.

L’essentiel pour ma part est que ces projets primés trouvent réalisation dans les pays concernés. Il ne s’agit pas ici de parler seulement « innovation », mais également et surtout « d’effectivité ». Mieux les projets destinés pour l’Afrique seront réalisés, mieux le continent trouvera des solutions aux problèmes socio-économiques.

Cordialement