Tristesse et désolation

J’écris rarement ce genre de billets, je n’en ai généralement pas la force. Pourquoi ? Je suis sensible à la douleur, vous savez, cette souffrance qui vous envahit lorsque vous perdez tous vos moyens parce que vous avez perdu un être cher.

J’avais rencontré cette personne lors d’une balade dans les rues de la ville, le temps était doux. Il avait une guitare. Il chantait une belle chanson de Tracy Chapman, le genre qui pouvait créer à la fois des émotions de tristesse et de joie. On a sympathisé ce jour-là. On a tellement rigolé comme si l’on se connaissait depuis des années. Ephrem était du genre très prudent et assez calme. Il nous arrivait de discuter des heures et des heures sur la vie, l’amitié, les problèmes de couple, les problèmes de famille etc. On manquait rarement de sujets.

Il y a quelques mois il eût un malaise et se fit ensuite analyser. L’attente était longue à l’hôpital. Son frère Péniel disait qu’il n’avait pas de nouvelles non plus. Vous savez, c’est le genre de moments qui vous fait stresser et réfléchir. Ephrem était malade, il ne le savait pas, il ne pouvait pas le savoir.

J’étais triste pour cet ami à qui je m’étais attaché, j’étais à ses côtés, lui me regardant les yeux en larmes, et moi lui souriant comme pour me redonner de l’espoir et partager cette émotion avec lui. Il était en phase terminale, il savait qu’il partirait, je le savais, son frère le savait, mais les médecins nous redonnaient de l’espoir, un espoir vain apparemment. Je sortis ma bible et je la lui lisais dans le calme du temps frais. Je sortis de la chambre pour aller prendre un peu d’air, et là j’ai craqué. Pour une fois, j’ai craqué. Les larmes m’emportèrent, la Bible dans les mains.

C’est en ce moment que l’on regarde vers le ciel et qu’on demande au Seigneur : « pourquoi lui? ».

J’avais ces pensées en tête tout en écoutant « Ne me laisse pas tomber » d’Axel Lévi ».

J’essuie mes larmes et je retourne vers mon ami. Nous prenons le temps de discuter et de nous remémorer des moments de discussions et de partages.

Puis tout d’un coup, il me dit de ne jamais oublier de lui rappeler ces moments à chaque fois que l’on se verra, de ne pas laisser s’envoler ses souvenirs si jamais il n’était plus là, de lui rappeler ce qu’il s’était promis et ses rêves les plus fous.

Deux médecins entrèrent dans la salle ainsi que quelques membres de sa famille. Ephrem était faible, mais fît l’effort de prendre sa guitare et nous joua un morceau. Je n’oublierai probablement jamais ce moment où je versai des larmes en sa présence, car le lendemain, lorsque je repassai, il n’était plus là, il s’était envolé. Son corps n’était plus là, sa douleur, sa joie, sa fougue et son regard étaient toujours là, quelque part dans l’hôpital et dans mes pensées.

Le cancer m’a volé un ami, et je me rappellerai de qui il était et ce qu’il s’était promis, parce qu’il aura probablement oublié, parce qu’il sera probablement oublié.

Un jeune africain qui s'exprime sur la politique de son pays

Il y a quelques semaines j’ai publié la première partie de l’enquête auprès des étudiants sénégalais et togolais sur la problématique de l’émergence d’une nouvelle élite politique en Afrique Francophone. Selon cette étude que j’ai réalisée auprès d’étudiants (togolais et sénégalais) entre 20 et 26 ans de Juillet à Octobre 2015, 51% des enquêtés estiment ne plus s’intéresser à la politique. J’ai donc cherché à en savoir plus sur les recommandations que peuvent faire les jeunes togolais et sénégalais à l’endroit des leaders politiques pour l’amélioration de la vie politique.

A la question « Que proposeriez-vous pour le changement et/ou l’amélioration future de la vie politique de votre pays », trois modalités ont été proposées afin de cerner les avis des étudiants. Ainsi, il ressort que près de

25% des enquêtés proposent un changement de l’élite politique actuelle,

24,3% proposent l’assainissement des finances publiques,et

38,4% pensent que l’amélioration future de la vie politique doit passer par une meilleure formation politique de l’élite dirigeante.

L’émergence d’une nouvelle génération de leaders signifie la promotion d’élites rassemblant plusieurs compétences, telles que la compréhension des discours sur le développement social et économique, des connaissances liées aux nouvelles technologies de l’information, celles-ci devenant un socle sur lequel se greffent nombre de projets de développement, et des valeurs de développement telles que l’équité, la probité, l’éthique, la bonne gouvernance et la gestion équitable des richesses disponibles.

Afin de favoriser une émergence propice, ces nouvelles élites intellectuelles doivent être très bien formées et instruites.

Quelle place accorder à l’éducation politique dans les pays de l’Afrique subsaharienne Francophone?

Mais qu’en est-il de l’importance de l’éducation politique et de l’instruction politique des jeunes étudiants dans ces deux pays? Comment fournir une meilleure formation politique de l’élite dirigeante, conformément à la recommandation des jeunes enquêtés?

Parmi les étudiants sénégalaisenviron 3 sur 4 (76,8%) pensent que l’étude de la science politique doit être prise en compte dans l’éducation des jeunes, et 95,2% des étudiants togolais ont répondu par l’affirmative à cette question.

Nous avons tenu à faire la différence entre « instruction » et « éducation », bien que les deux notions se rejoignent. Nous concevons que l’éducation politique peut comprendre deux interventions, d’une part, celle des parents, des amis, bref de l’entourage, ce qui fait référence à l’éducation stricto sensu; et d’autre part, celle des enseignants/professeurs et donc de l’environnement institutionnel, ce qui fait référence à l’instruction.

A la question de savoir si les cours de science politique doivent être pris en compte dans les programmes d’enseignement, 80% des étudiants sénégalais ont répondu par l’affirmative. Quant aux étudiants togolais, la quasi-totalité (95%) est totalement d’accord pour l’intégration de cours de science politique dans les programmes d’enseignement.

Ces niveaux d’approbation ou d’avis positif sur la question démontrent du désir que les étudiants ont d’en savoir plus sur la politique et l’histoire de leur pays.

Dans le même prolongement d’idées, nous avons tenu à connaître le niveau d’études qui conviendrait à l’intégration des cours de Sciences Politiques comme le montre le tableau ci-dessous.

 

Nationalité

Niveau d’étude   TOTAL
Primaire Secondaire_1 Secondaire_2 Supérieur Non réponse
Togolaise 0,0 23,8 61,9 9,5 4,8 100,0
Sénégalaise 1,1 12,6 37,9 28,4 20,0 100,0

Enquête de terrain ; juillet-octobre 2015 – Résultats de nos recherches

Quand faut-il commencer à parler de politique avec les jeunes ? A quel moment de leurs études faut-il les initier aux concepts afin qu’ils en soient familiarisés ?

A cette interrogation, 37,9% des étudiants sénégalais pensent que la science politique doit être intégrée dans les programmes scolaires dès le lycée, 28,4% proposent plutôt le niveau supérieur (université) comme cadre d’enseignement de cette discipline. Pendant ce temps, près de 62% des étudiants togolais proposent que les cours de science politique soient intégrés dès la seconde partie des études secondaires, c’est-à-dire au lycée.

En prenant en compte les deux nationalités, environ 2 étudiants sur 5 (40,8%) pensent que le lycée est l’environnement éducatif par excellence pour des cours de science politique, pouvant donc permettre aux jeunes de cerner les concepts politiques plus tôt, d’identifier les comportements politiques et de se familiariser avec la sphère politique de leur pays avant d’entamer les études universitaires.

De l’intégration des débats politiques dans les lycées

Une première idée est d’introduire la notion de débat politique dans les lycées, afin d’initier les jeunes élèves à l’expression d’opinions personnelles. Un débat sur un thème de société choisi au hasard par trimestre, permettra non seulement aux jeunes de partir d’une idée générale vers le particulier, mais les obligera aussi à dépasser la limite de leurs impressions et expressions personnelles, et à aller au-delà en se mettant dans la peau de l’autre qu’on ne connaît pas, qu’il soit riche, pauvre, d’une religion différente ou pas. Ensuite viendra le moment  où les positions des partis politiques se feront connaître, afin de favoriser un débat ouvert et dans le respect.

Cette proposition peut paraître utopique, mais elle fait suite à un constat que j’ai fait.

Il est difficile pour nos leaders politiques actuels de tenir des débats politiques sur un plateau de télé sans littéralement s’insulter. Il est clair qu’ils n’ont pas été habitués à débattre en public avec interdiction préalable d’insulter leurs contradicteurs.

L’idée est de « responsabiliser » les jeunes actuels afin qu’ils soient de meilleurs leaders que ceux actuels. Comment les responsabiliser ? En leur permettant par exemple de tenir des meetings dans les universités et écoles, de participer aux campagnes avec de réels arguments politiques et sociaux. Ainsi, l’initiation en amont des jeunes africains aux débats politiques dans les lycées favoriserait une préparation de la relève politique.

De l’intégration des cours de sciences politiques dans les programmes scolaires

Cette recommandation est liée à la précédente, dans la mesure où elle fait référence à l’intégration de cours de sciences politiques dans les programmes scolaires.

Si les jeunes sont avertis et instruits sur les concepts de sciences politiques, cela aura une incidence favorable sur les débats politiques, « ils sauront ce qu’ils disent, ils sauront quoi dire et comment le dire ».

Aussi faut-il remarquer que les programmes scolaires en Afrique Francophone sont plus focalisés sur l’Europe, les États-Unis et l’Asie que l’Afrique. Il est remarqué que l’histoire de l’Afrique est méconnue des jeunes africains, et cette situation ne leur permet pas ainsi qu’aux leaders actuels de défendre convenablement leurs opinions, face à des occidentaux qui maîtrisent mieux l’histoire de l’Afrique que les africains eux-mêmes.

Une conclusion de ce dossier vous sera servie dans les jours à venir. Mais, que pensez-vous de ces recommandations faites par les jeunes étudiants sénégalais et togolais? Pensez-vous qu’elles soient fondées et justifiées?

N’hésitez pas à laisser vos avis et suggestions en commentaires.

Au plaisir.

Générations Y et Z sont-elles si différentes?

Je ne vais pas me lancer dans des définitions conceptuelles des générations Y et Z, non. Il faut retenir que la première est née entre 1980 et 1997, et la seconde est née entre 1997 et 2011 (je sens qu’il y en a qui commencent à calculer leur âge très rapidement, ça m’a fait le même effet il y a des années). Je n’ai jamais écrit sur ce type de sujets d’ailleurs, je ne saurai vous en expliquer la raison.

Depuis un moment, je lis pleins d’articles qui ressassent les « prouesses prédéfinies » de la génération Z. Tout a commencé avec les différences culturelles entre les deux générations, ensuite la génération Y qui imposerait ses codes au travail, et enfin la génération Z qui serait extraordinaire en cette année 2017. Cela paraît tellement simple. Cependant, j’ai une panne de réflexion avec ces constructions issues de Médias qui savent apparemment tout de ces générations. Ils nous connaissent si bien, ils connaissent si bien nos réalités.

Le 4ème pouvoir ne connaît plus de limites

J’aimerais préciser, pour entrer dans le moule des constructions faites en la matière, que je suis de la génération Y, les « millenials », et pas de la Z, les « post-millenials ». Les millenials ont découvert internet et ont grandi avec, ils se sont adaptés à cette métamorphose. Des métiers décrits par les médias sont apparus à cet effet, « le community management » par exemple. Les entreprises devaient s’y adapter, elles devaient l’intégrer dans « leur manière de penser », et elles l’ont faite. Tout est allé si vite, mêlant les deux générations dans la course aux « métiers du futur ». En Afrique, tout le monde veut devenir community manager, sans se former (c’est si simple avec un smartphone ou un i5). La génération Y s’est « acclimatée » et s’est appropriée les outils numériques. C’est un peu comme un enfant qui découvre une prise électrique et veut absolument pousser la découverte à bout au point de vouloir la toucher du doigt (nous avons tous connu cela). Mais les médias (encore eux) annoncent qu’il est possible que les community managers disparaissent avec le temps (la ruée vers l’or ne devient que fumée à l’horizon).

Générations Y et Z sont-elles si différentes?

difference between Z and Y : recruitloop.com

En quoi la génération Z sera si différente de la Y au fait?

Quant à la génération Z, elle est « tombée » dans la sauce des téléphones tactiles, c’est peut-être elle qui représente les digital natives selon moi. Ma collègue mondoblogeuse Clara Delcroix disait à propos de cette génération intéressante dans son article :« la génération Z va agir comme un véritable rouleau compresseur ». 

Mais ce que beaucoup oublient, c’est que la génération Z va rencontrer les mêmes problèmes que la génération Y sur le plan professionnel (voire personnel). Certes, la nouvelle génération va obliger les entreprises à repenser leurs produits et prendre des décisions plus ciblées, elle va peut-être imposer sa manière de concevoir des choses en entreprise, mais n’est-ce pas ce qui se disait de la génération Y? Et pourtant, le discours a changé aujourd »hui. On pense que cette génération dont je fais partie n’arrive pas à relever le défi professionnel, elle est malheureuse au travail. Elle n’y arrive tout simplement pas. Pourquoi? Elle trouve la vie facile avec tous les gadgets numériques, tout était si simple pour elle, selon les dires de Simon Senek.

Et en quoi la génération Z sera loin de cette réalité, comment va-t-elle pouvoir s’adapter et imposer ses valeurs (et quelles valeurs déjà?). Regardez un peu ce que font les deux générations lorsqu’il y a un accident ou un incendie ; elles prennent des photos, certains font du direct au calme (ce qui ne peut leur permettre d’appeler les secours).

Ce que font les générations Y et Z après un accident de la route

Ce que font les générations Y et Z après un accident de la route
Crédit : Adrian McDonald Photography : www.lexonproductions.com

Elles ont toutes snaptchat, instagram, facebook, whatsapp. Toutes ces applications se ressemblent tellement à présent. Cependant, combien sont sur twitter et LinkedIn? Pour ma part, je considère ces deux dernières applications plus intéressantes et plus professionnelles. Et vous me parlez d’une nouvelle génération Z qui peut décider de se déconnecter? Elle s’imagine déjà ne pas pouvoir vivre sans les gadgets numériques.

Pensez-vous que la génération Z pourra imposer ses idées et/ou valeurs dans la société ou dans le milieu professionnel, alors qu’elle lit rarement des informations utiles, qu’elle ne connaît pas LinkedIn et qu’elle n’arrive pas à défendre un projet professionnel? Le numérique n’est pas tout, le fait d’être « désigné » génération hors pair n’est qu’une construction relative. Et en parlant de construction relative, la génération Z ne saurait être la même en Afrique et en Europe ainsi qu’en Amérique Latine par exemple. Les réalités et les besoins ne sont pas similaires pour parler d’une généralité dominante. Et d’ailleurs, où y a-t-il le plus de jeunes dans le monde?

Où y a-t-il le plus de jeunes dans le monde, la réponse en carte: quid de la génération Z

Plus le pays est foncé, plus sa population est jeune : ici.radio-canada.ca

Veuillez passer le message à la génération exceptionnelle Z svp.

Faisons Les Comptes est une campagne pour exiger du gouvernement togolais des comptes pour la CAN 2013

Je ne serai pas long, je ne ferai pas de longues phrases dithyrambiques, je n’en vois pas l’intérêt. Je vous livrerai juste mes contes pour que des comptes de la CAN 2013 soient faits avant la CAN 2017.

L’équipe togolaise de football s’est qualifiée pour  la CAN 2017 (remercions le ciel, je n’y croyais plus de toute façon, c’est le moment d’être honnête, valeur qui guide ma plume en ce jour). En 2013, je n’y croyais pas non plus, et pourtant l’équipe s’est envolée pour l’Afrique du Sud. Il a été imposé à la population togolaise une cotisation expresse bon gré mal gré pour une prise en charge des  footballeurs togolais. De la hausse des coûts de communication à la hausse du carburant (pour ne citer que ceux-là), le gouvernement a mis toutes les chances de son côté pour récolter les fonds.

En 2013, tout se résumait à une formule : « tu veux, tu ne veux pas, tu vas donner ».

Bon, nous avons donné, enfin, ils ont pris en fait, avec notre consentement si silencieux. Le peuple togolais ressemblait en ce moment à cette personne malade qui agonisait, mais dont même le silence n’était point audible dans les couloirs de l’hôpital.

En décembre 2016, les dirigeants votent un décret pour une mobilisation de fonds de financements pour l’équipe togolaise de football (once again), alors qu’après les déboires de 2013, aucun compte n’a été fait aux pauvres togolais qui se sont vus retirer leurs sous. Le footballeur est unificateur, dit-on. Ce sujet nous unit tous cette fois-ci (once again) pour défendre nos sous, enfin, le peu qui nous reste.

Mais à y voir de plus près, ce ne sont pas les sous le plus important. Ce que je voudrais dénoncer est plutôt ce manque de respect et de considération du gouvernement à l’égard de la population togolaise. Franchement, lorsque les parents te confient d’aller faire des courses, tu dois faire des comptes à ton retour, n’est-ce pas ? Je ne parle pas d’une obligation stricto sensu, je parle du bon sens et d’une bienséance éducative.

Chers membres du gouvernement, j’ai une idée pour vous qui se résume en quelques phrases, cela vaut ce que ça vaut :

Nous avons l’entreprise Wacem au Togo qui fait un excellent chiffre d’affaires, entreprise dont certains membres du gouvernement et personnalités togolaises sont actionnaires. En 2013, l’entreprise a réalisé 1,9 millions de tonnes de calcaire, d’une valeur d’environ 43 milliards de francs CFA, selon le rapport de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (Itie). Pardonnez, prenez l’argent là-bas et financez l’équipe togolaise de football pour la CAN 2017 (on sait que vous avez la possibilité de le faire si vous le voulez, on va pas se mentir en fin d’année, ou bien ?), mais de grâce, laissez tranquille la population togolaise et les maigres ressources dont elle dispose pour les fêtes de fin d’année et pour le début de l’année 2017.

Chers membres du gouvernement, le bon sens, l’équité et le respect, ce sont des mots qui devraient vous parler.

#FaisonsLesComptes

Can 2013 : #FaisonsLesComptes : Crédit : www.autogo.tg

Mais avant de prendre en compte ma proposition (en espérant que vous ayez lu mon billet jusqu’à la fin), #FaisonsLesComptes d’abord.

Bien cordialement.