Faisons Les Comptes est une campagne pour exiger du gouvernement togolais des comptes pour la CAN 2013

Je ne serai pas long, je ne ferai pas de longues phrases dithyrambiques, je n’en vois pas l’intérêt. Je vous livrerai juste mes contes pour que des comptes de la CAN 2013 soient faits avant la CAN 2017.

L’équipe togolaise de football s’est qualifiée pour  la CAN 2017 (remercions le ciel, je n’y croyais plus de toute façon, c’est le moment d’être honnête, valeur qui guide ma plume en ce jour). En 2013, je n’y croyais pas non plus, et pourtant l’équipe s’est envolée pour l’Afrique du Sud. Il a été imposé à la population togolaise une cotisation expresse bon gré mal gré pour une prise en charge des  footballeurs togolais. De la hausse des coûts de communication à la hausse du carburant (pour ne citer que ceux-là), le gouvernement a mis toutes les chances de son côté pour récolter les fonds.

En 2013, tout se résumait à une formule : « tu veux, tu ne veux pas, tu vas donner ».

Bon, nous avons donné, enfin, ils ont pris en fait, avec notre consentement si silencieux. Le peuple togolais ressemblait en ce moment à cette personne malade qui agonisait, mais dont même le silence n’était point audible dans les couloirs de l’hôpital.

En décembre 2016, les dirigeants votent un décret pour une mobilisation de fonds de financements pour l’équipe togolaise de football (once again), alors qu’après les déboires de 2013, aucun compte n’a été fait aux pauvres togolais qui se sont vus retirer leurs sous. Le footballeur est unificateur, dit-on. Ce sujet nous unit tous cette fois-ci (once again) pour défendre nos sous, enfin, le peu qui nous reste.

Mais à y voir de plus près, ce ne sont pas les sous le plus important. Ce que je voudrais dénoncer est plutôt ce manque de respect et de considération du gouvernement à l’égard de la population togolaise. Franchement, lorsque les parents te confient d’aller faire des courses, tu dois faire des comptes à ton retour, n’est-ce pas ? Je ne parle pas d’une obligation stricto sensu, je parle du bon sens et d’une bienséance éducative.

Chers membres du gouvernement, j’ai une idée pour vous qui se résume en quelques phrases, cela vaut ce que ça vaut :

Nous avons l’entreprise Wacem au Togo qui fait un excellent chiffre d’affaires, entreprise dont certains membres du gouvernement et personnalités togolaises sont actionnaires. En 2013, l’entreprise a réalisé 1,9 millions de tonnes de calcaire, d’une valeur d’environ 43 milliards de francs CFA, selon le rapport de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (Itie). Pardonnez, prenez l’argent là-bas et financez l’équipe togolaise de football pour la CAN 2017 (on sait que vous avez la possibilité de le faire si vous le voulez, on va pas se mentir en fin d’année, ou bien ?), mais de grâce, laissez tranquille la population togolaise et les maigres ressources dont elle dispose pour les fêtes de fin d’année et pour le début de l’année 2017.

Chers membres du gouvernement, le bon sens, l’équité et le respect, ce sont des mots qui devraient vous parler.

#FaisonsLesComptes

Can 2013 : #FaisonsLesComptes : Crédit : www.autogo.tg

Mais avant de prendre en compte ma proposition (en espérant que vous ayez lu mon billet jusqu’à la fin), #FaisonsLesComptes d’abord.

Bien cordialement.

Un gendarme se faisant corrompre

Pour poursuivre notre réflexion sur la corruption en Afrique subsaharienne dont la première partie a fait l’objet d’un billet, nous avons décidé de nous interroger sur la non effectivité de la libre circulation des biens et des personnes dans l’espace communautaire CEDEAO. Nous avons pris la peine d’échanger avec des commerçants et des vacanciers qui prennent souvent le bus d’un pays à un autre en Afrique subsaharienne. Plus de la moitié des interviewés affirment donner aux agents frontaliers 2000F CFA à 5000 F CFA même si tout est en règle.

Quid des statuts et des directives communautaires de la CEDEAO ?

Art 55 l. Les États membres s’engagent à établir dans un délai de cinq (5) ans après la création d’une Union douanière, une union économique et monétaire à travers:

  1. ii) la suppression totale de tous les obstacles à la libre circulation des personnes, des tiers, des capitaux et des services ainsi qu’au droit de résidence et d’établissement;

Article 59

Immigration

  1. Les citoyens de la Communauté ont le droit d’entrée, de résidence et d’établissement et les États membres s’engagent à reconnaître ces droits aux citoyens de la Communauté sur leurs territoires respectifs, conformément aux dispositions des protocoles y afférents.
  2. Les États membres s’engagent à prendre, au niveau national, les dispositions nécessaires pour assurer l’application effective des dispositions du présent article.

En 2014, la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest avait entamé le processus de suppression de la carte de séjour pour les citoyens des pays membres résidant dans un des pays de l’Organisation sous-régionale. Ce processus a-t-il réellement abouti ? Quelles en sont les conclusions ?

Selon l’article 55 des statuts de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Afrique de l ‘Ouest, où en est la suppression totale de tous les obstacles à la libre circulation des personnes ? Certes, la décision de la CEDEAO de faire établir aux populations une carte d’identité biométrique est louable, mais y a-t-il des moyens de contrôle et de sanction qui seront mis en œuvre afin de faire respecter cette décision par les agents frontaliers ? Les populations en Afrique de l’Ouest ont-ils la garantie qu’avec la carte communautaire biométrique, ils ne seront plus obligés de verser des pots-de-vin aux agents frontaliers lors de leur voyage ? Tant que les corrupteurs ne sont pas inquiétés, lutter contre la corruption sera un vain combat et une vaine expression.

Au commencement était l’éducation

Pourrions-nous lutter contre la corruption si certains, au nez à la barbe des autres, prennent ce qui ne leur appartient pas, ou ce qui selon eux leur est dû ? Que nous apprennent-ils donc ? Tout récemment des blogueurs togolais se sont interrogés sur l’éducation au Togo, et il faut noter un schéma similaire dans les pays de la sous-région. Le manque de modules prenant en compte l’éthique met à nu le manque de respect des principes juridiques élémentaires ; l’absence d’une éducation de plus dans nos maisons justifie le mépris que nous avons des règles communautaires au sens strict et large ; à tout cela s’ajoute le comportement des aînés et des parents. Un enfant voit son père faire, le copie inconsciemment et reproduit les mêmes choses, c’est-à-dire, ce qu’il voit. Si son père lui avait dit pas à l’avance « j’ai posé des actes, tu ne devrais pas faire pareil », cela aurait peut-être changé la direction de la roue.

Tout ce que nous vivons dans nos sociétés est juste un reflet de ces erreurs, de ces manques, au fait que la base soit faussée par la mise en lumière d’un fossé entre l’éducation et l’instruction.

Comme le disait Charles Sanches, « la déliquescence de notre temps vient aussi du fait que nous n’avons plus de considération pour le droit et les principes juridiques ».

J’en profite pour lancer un message aux jeunes de ma génération. Ne faisons pas les mêmes erreurs que nos aînés, ne nous disons pas que la voix royale vers l’épanouissement est de suivre les pas de personnes dépourvues d’éthique et de morale . En reproduisant le même schéma, ne soyons pas surpris de relire des écrits pareils produits par nos petits frères dans 30 ans.

Cordialement.

Un gendarme se faisant corrompre

L’acte m’a toujours saoulé, oui, la corruption me saoule. Honnête citoyen, vous voulez juste vous faire servir et l’agent attend de vous que vous lui glissiez « quelque chose » pour faire avancer votre dossier. Comme on le dit au Togo, « il faut mettre de la pierre sur le dossier pour que le vent ne l’emporte pas ».

La corruption est l’action de détourner une personne de son devoir, pour l’engager à faire quelque chose contre l’honneur moyennant finance. Nombreux sommes-nous à être corruptibles ou à avoir été corrupteurs, que ce soit pour un dépôt ou un retrait de dossier, ou encore pour une formalité à l’aéroport.

Ma courte histoire à l’aéroport Léopold Sédar Senghor 

En ce mois de juillet 2016, je quittais Dakar pour Lomé. Formalités faites, je me suis dirigé vers les agents devant prendre mes empreintes et vérifier mon passeport. Notre ami vérifia mon passeport, le tourna dans tous les sens, et finalement me demanda : « Monsieur, vous allez à Lomé ? Vous êtes togolais ? Vous n’êtes pas en règle ». Je lui demandai humblement de m’expliquer la situation. C’est à ce moment que sa collègue prit la parole. Elle me demanda une carte consulaire, je l’avais ; le document qui prouve que j’ai été étudiant à Dakar, je l’avais ; finalement elle me demanda de lui fournir un certificat d’établissement. D’abord, elle ne semblait pas savoir concrètement ce qu’elle désigna par « certificat d’établissement », et ensuite elle me donna des indices d’identification assez flous. Je lui présentai mon contrat de logement, elle ne semblait pas convaincue à la vue du document. « Monsieur, je parle du certificat d’établissement. Vous avez fini vos études, vous avez séjourné à Dakar des mois ensuite, vous avez votre contrat de travail et de logement certes, mais cela ne suffit pas ». Ensuite, j’ai donc voulu savoir ce qu’elle attendait de moi (je me doutais à ce moment qu’il s’agissait de glisser un billet de franc cfa, mais je jouais le jeu à fond) ; elle ne parlait plus ; elle regardait son collègue, me jetait un regard furtif. Le collègue prit la parole : « Donnez quelque chose pour que nous avancions, vous n’avez pas le document demandé et nous n’avons pas toute la journée ». Ma réponse était claire, précise et concise : « Sauf le respect que je vous dois Monsieur, je suis en règle. Je suis togolais, un pays de l’espace communautaire CEDEAO, et je sais que je suis en règle. Je n’ai rien d’autre à part mes documents de preuve. Auriez-vous l’obligeance de me donner plus d’informations sur le document exigé ? ».10 minutes passèrent, aucune information.  J’étais là, je les regardais sans broncher.  La dame avait fini par comprendre que je ne sortirai pas un sou : « Monsieur Edem, nous vous laissons partir cette fois-ci, mais sachez que la prochaine fois vous ne vous en sortirez pas ».

Lutter contre la corruption est-il une utopie ?

Corruption et termes connexes

Crédit image : integration.com

Généralement, ce sont les usagers qui se préparent à corrompre les agents dès qu’ils ont un « blocage », dès qu’ils ne sont pas en règle ou veulent faire avancer leur dossier. Si les premiers se refusaient à le faire, les agents finiraient par se lasser avec le temps et ne pousseraient plus les honnêtes citoyens à porter la casquette de corrupteurs. Nombreuses sont organisations qui lancent des campagnes de lutte contre la corruption, mais existe-t-il des commissions de discipline efficaces au sein des institutions ? Existe-t-il des chambres ou des cours de justice que pourraient saisir les usagers pour dénoncer ces agents qui excellent dans la corruption ? Les mesures anti-corruption semblent être inefficaces en Afrique subsaharienne, que faire ?

Le Sénégal ainsi que d’autres pays comme le Cap Vert et le Botswana se sont imposés des modèles de bonne gouvernance selon le rapport « People and Corruption : Africa Survey 2015 » de l’ONG Transparency International. Les incitations légales ne suffisant plus, il serait encore plus intéressant d’avoir des lanceurs d’alertes et un cadre de protection juridique pour leur permettre de ne pas craindre pour leur vie.

Cordialement.