Il était 14h, ils attendaient les résultats des examens médicaux. Ils étaient impatients, cela se lisait sur leur visage crispé. Leur fils était plus loin, caché derrière un poteau à l’ombre des arbres. Son visage innocent était assombri par la crainte des résultats d’analyses qu’attendaient ses parents. Un médecin sorti de la salle des examens et se dirigea vers les parents, le cœur du garçon battait la chamade. « Monsieur, je voudrais discuter avec votre femme un instant svp », dit le médecin. Quelques minutes passèrent, le verdict était connu : la maman avait un cancer du foie à 50 ans. Triste nouvelle, troublante information, le petit garçon était effondré, le cancer était à un stade avancé. Il passa en filigrane toutes les fois où la maman avait décliné la proposition de se faire faire un bilan de santé depuis une dizaine d’années. Quelques semaines après, sa maman rendît l’âme, son foie n’avait pas tenu. Le papa s’approcha de son fils et lui dit : « fais un bilan de santé régulier, annuel ou biennal, et quel qu’en soit le prix. La santé mérite qu’on y accorde de l’attention car elle n’a pas de prix ».

Il prit en compte les conseils de son père. Quelques années après, du haut de ses 20 ans, il décide de faire un bilan de santé dans un hôpital public de Dakar. Il prit donc rendez-vous pour une consultation médicale. Nous appellerons le jeune garçon Mohamed, et le médecin Joe.

Le médecin Joe : Bienvenue M. Mohamed, de quoi souffrez-vous ?

Le patient Mohamed : Bonjour, je ne suis pas malade, je voudrais me faire faire un bilan de santé.

Le médecin Joe : Pourquoi ?

Le patient Mohamed : Pourquoi ? (l’air stupéfait). Cela fait plus d’un an que je n’en ai plus fait.

Le médecin Joe : Cela va vous coûter trop cher de faire un bilan complet alors que vous n’êtes pas malade. Peut-être aviez-vous le palu ?

Le patient Mohamed : Mais je ne suis pas malade, je voudrais juste avoir une vue globale de mon état de santé en faisant un bilan.

Finalement le médecin céda après une heure d’entretien, de questions, de persuasion et de contre-propositions. Cela m’amena à me poser un certain nombre de questions :

  • le bilan de santé est-il soumis à une preuve de maladie ?
  • Le coût d’un bilan de santé en Afrique décourage -t-il  les patients à en faire annuellement ou du moins assez régulièrement ?
  • Que font les médecins pour sensibiliser les patients sur les avantages et les inconvénients (s’il y en a) de la fréquence du bilan de santé ?

Pendant que certains préconisent de faire un bilan de santé à titre préventif , d’autres pensent au contraire qu’il faut prendre en compte un certain nombre de facteurs.

Hôpital Principal à Dakar et bilan de santé

Crédit Photo : leral.net

Il faut avouer qu’en Afrique subsaharienne, ce n’est point dans notre culture de se faire faire un bilan de santé annuel ou encore quinquennal. Nombreux sont ceux qui te diront qu’ils n’en voient pas du tout l’intérêt, de même que pour le dépistage du VIH… « Pourquoi se faire faire un check up alors qu’on n’est pas malade ? A quoi cela rime », se disent-ils.

N’y a-t-il pas là un manque de sensibilisation ? Les médecins n’ont-ils pas le devoir d’informer les patients sur les avantages d’un bilan de santé ?

Où en est la Couverture Maladie Universelle (CMU) ?

D’aucuns diront par ailleurs que le bilan de santé est réservé aux personnes nanties. Les bilans de santé en Afrique subsaharienne varient entre 40.000 F CFA (61 euros) et 200.000 F CFA (305 euros), cela dépend de la structure sanitaire (privé ou public). Le togolais qui gagne 100.000 F CFA par mois, ou le sénégalais qui gagne 300.000 F CFA par mois, pourra-t-il, après avoir payé ses charges, se faire faire un bilan de santé ou en faire à ses deux ou trois enfants ?

La problématique du bilan de santé nous amène à parler de sujets comme le smic et les mesures politiques pour démocratiser la couverture de santé. Où en est donc le Règlement n°07/2009/CM/UEMOA du 26 juin 2009, adopté par le Conseil des ministres de l’UEMOA ? Où en est la Couverture Maladie Universelle au Sénégal, au Togo et dans la sous-région ? Difficile de répondre à cette question, car la mise en œuvre de ce programme rencontre des problèmes d’ordre structurel et organisationnel. Néanmoins, le Sénégal essaie tant bien que mal de s’en sortir avec un CMU « incertain ». Cette situation en entraîne une autre.

L’automédication, une préoccupation majeure ?

Après un bilan de santé, se soigner après avis du médecin

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L’automédication n’est pas méconnue des africains, il est arrivé à plusieurs d’entre nous d’avoir eu recours à des médicaments sans la prescription d’un médecin. Plusieurs raisons sont évoquées pour justifier cette décision : médicaments de la pharmacie trop chers par rapport à ceux qui sont vendus dans la rue, bilan de santé trop cher et jugé pas important pour certains, consultation relativement chère (consultation comprise entre 2000 et 4000 F CFA dans le public, 10.000 et 20.000 F CFA dans le privé), du coup, pour toutes ces raisons, certaines personnes préfèrent devenir leur propre médecin.

Il y a tout de même des avantages, mais il y a aussi des inconvénients à ne pas négliger. Je me souviens encore d’une émission de Priorité Santé sur l’accès aux médicaments en Afrique, dans laquelle un  des invités précisait que « prendre des antibiotiques de façon aléatoire crée de la résistance à long terme pour le patient ». Combien lisent la notice d’un produit, combien prennent le temps de demander l’avis d’un médecin à propos des symptômes qu’ils ressentent ? Comme le dit souvent ma mère, « la santé n’a pas de prix », il est en effet préférable d’investir pour son bien-être, car sans la santé, on ne peut vaquer à ses occupations.

Je ne suis pas médecin, je suis un citoyen africain qui voudrait une meilleure prise en charge du patient par le médecin, un meilleur système de santé, des médecins plus perspicaces et également des patients plus conscients.

Cordialement.