Trois clés pour sortir de la crise politique au Togo

Togo

Aborder la situation de la crise politique togolaise est tellement compliqué pour le Togolais que je suis. La raison est toute simple : quel que soit son avis, le togolais est classé dans l’une ou dans l’autre catégorie, notamment « pour le parti au pouvoir »  ou « contre le parti au pouvoir ». L’exercice étant assez difficile, je m’efforcerai d’être aussi neutre que possible. Je ne fais partie d’aucun parti politique, et le fait de vivre en Europe ne fait pas de moi une personne appartenant à un camp donné. Je tenais à le préciser.

La situation togolaise est complexe. Entre le parti au pouvoir qui joue intellectuellement ses dés et l’Opposition qui marche jusqu’à ce que l’usure des chaussures s’en suive, on ne sait où poser la tête concrètement. Nous le savons tous, le Président Faure Gnassingbé n’a pas l’intention de quitter le pouvoir à l’heure actuelle, ce n’est pas dans ses plans. Le régime est solide et prêt à tout pour rester au pouvoir aussi longtemps que possible, du moins, jusqu’en 2030, année de l’Émergence où couleront le lait et le miel (sourire).

L’avant-projet de loi du gouvernement a tout de même su aborder les points importants dont la limitation du mandat présidentiel à deux. Ce qui est marrant, c’est que le projet fait également mention de la limitation du mandat parlementaire. L’Opposition n’est pas en accord avec ce dernier point. Elle n’est également pas en accord avec la suppression de la phrase « en aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux (02) mandats ». Pour ma part, la crise politique togolaise oblige l’Opposition à faire des concessions même si cela ne semble pas évident, et bien que cela ne permette pas un départ immédiat de l’actuel Président de la République.

Les marches c’est bien, les négociations c’est encore mieux.

Je sais, d’aucuns se disent déjà, « ce blogueur est un traître probablement. Et d’ailleurs, connait-il la situation du pays surtout qu’il vit en Europe ? ». Je vous comprends, mais soyons lucide pendant un moment. Les marches se feront, mais jusqu’à quand ? Et pour obtenir quoi à la fin ? Ne serait-il pas mieux pour l’Opposition de réfléchir à une autre stratégie plus efficace ?

Analyser en profondeur cet avant-projet de loi et proposer des réajustements sans pour autant supprimer les propositions du gouvernement ne serait pas une mauvaise idée. Chaque partie aurait donc « en partie » ce qu’elle voudrait.

Ensuite, l’opposition devra préparer les législatives, et c’est dès maintenant que cela doit se faire. Elle a toujours été battue sur ce terrain, or sans cette garantie, il sera difficile d’aller à bout de ma dernière proposition : celle de rendre la Cour Constitutionnelle égalitaire. Nous avons 9 juges constitutionnels au Togo, et l’article 100 est plutôt claire :

La Cour Constitutionnelle est composée de neuf (09) membres désignés pour sept (07) ans renouvelables :

-trois (03) sont désignés par le Président de la République dont un (01) en raison de ses compétences juridiques ;

-trois (03) sont élus par l’Assemblée nationale à la majorité des deux tiers (2/3) de ses membres. Ils doivent être choisis en dehors des députés. L’un d’entre eux doit être désigné en raison de ses compétences juridiques ;

-trois (03) sont élus par le Sénat à la majorité des deux tiers (2/3) de ses membres. Ils doivent être choisis en dehors des sénateurs. L’un d’entre eux doit être désigné en raison de ses compétences juridiques.

L’idée serait que ce collège se compose de juges désignés par le Président et par l’Opposition. Pourquoi une telle proposition?

La Cour Constitutionnelle étant l’organe régulateur du fonctionnement des institutions et de l’activité des pouvoirs publics (art 99 de la Constitution togolaise), juge de la régularité des consultations référendaires, des élections présidentielles, législatives et sénatoriales (art 104 al.2 de la Constitution togolaise) et juge de la constitutionnalité des lois (art 104 al.3 de la Constitution togolaise), il va de soi qu’une composition plus égalitaire de cette juridiction permettrait au Togo d’éviter un certain nombre de problèmes redondants.

Et pendant qu’on y ait, une cohabitation ne serait pas une mauvaise idée en ayant un Premier ministre issu des rangs de l’Opposition. Cependant, si l’Opposition rate le coche des élections législatives, le parti au pouvoir (UNIR) aura toujours une longueur d’avance.

Composer avec le parti au pouvoir est-il une trahison ?

Pour certains, ce n’est pas du tout bien vu que l’Opposition décide de composer avec le pouvoir afin de faire avancer les choses. Pour ma part et dans le contexte actuel togolais, composer avec le parti au pouvoir devrait être envisagé. Détrôner un régime qui est au pouvoir depuis près de 50 ans, cela ne se fera pas en 1 mois.

Composer avec le parti au pouvoir s’inscrit toujours dans une forme de négociation voire de coopération. Certes, le parti au pouvoir est assez perspicace, mais afin d’équilibrer les choses, l’Opposition devra être plus rusée pour une sortie de cette crise politique togolaise.

L’alternance au Togo est-elle possible sans des activistes ou la société civile ?

Ceci est une question que je me pose sérieusement. Il s’agit ici d’activistes organisés en collaboration avec la société civile. Pour que cela fonctionne comme il faut, il faudra que la société civile elle-même soit organisée. L’idée ne sera pas de pousser la population dans la rue pour le plaisir (il existe un droit dans la rue qu’il faut bien respecter, et encore là, il y a tout un débat sur la loi Bodjona), mais de servir de contre-poids politique et de lanterne pour la population. Devant les insuffisances de l’Opposition togolaise à l’heure actuelle, un tandem activistes-société civile ne serait pas une mauvaise idée.

Je n’ai pas de propositions spécifiques pour le parti au pouvoir (en fait, il n’en a pas besoin), puisqu’il a des personnes ressources qui jouent le rôle de « conseillers ». Je pourrais par-contre ajouter que le parti UNIR (le parti au pouvoir) devra faire preuve également d’une volonté politique plus poussée à l’égard de la population togolaise, sinon il serait fort compliqué de sortir de cette crise, et on risquerait de la faire perdurer jusqu’en 2020 pour être confrontés aux mêmes problèmes.

Il faut également que la Présidence togolaise ait une stratégie de communication plus efficace. C’est bien dommage que le Président de la République ne se prononce pas sur la situation politique du pays, c’est bien dommage qu’il ne parle pas au peuple, c’est bien dommage que le togolais ne ressente aucune préoccupation réelle de sa part pendant cette crise politique.

Somme toute, voici donc mes propositions et suggestions pour les deux parties, en espérant qu’elles en fassent bon usage.

Bien cordialement,

2 commentaires

  1. On demeure dans la quadrature du cercle tant qu’on demeure dans le mouchoire de poche du jeu de la classe politique(oppositon/ pouvoir ), le cadre des institutions et du légalisme verrouillé. Quand on fonctionne peuple et révolution, tout se libère et le jeu est ouvert. Aucun pouvoir n’est plus fort qu’un peuple mobilisé. Un seul lion peu mettre e’ fuite un troupeau d’un million de gazelles, parce qu’elle conscience de leur force. C’est ce qu’il faut apprendre au peuple.

  2. Comme tu l’as si bien dit, l’opposition doit saisir les seuls moments de discussion avec le parti au pouvoir pour faire avancer ses propositions. Je trouve absurde l’absence de l’opposition à l’hémicycle ces derniers temps ; surtout pour le vote de l’avant projet de loi, pour l’élection des membres de la CENI. D’ailleurs je déplore l’absence de représentants de l’opposition contestataire au sein de la CENI.
    L’opposition doit assouplir sa position et aller à la table de discussion.
    La société civile doit servir à la formation civique de la population, là où les partis politiques traditionnels ont échoué.
    Il est grand temps que Faure parle avec la population.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *