Partis politiques au senegal

L’univers politique africain a été empreint de tribulations sociopolitiques qui, avec le temps, ont métamorphosé la configuration des partis politiques, que ce soit dans l’espace francophone ou anglophone. Le fonctionnement de ces partis dans les années des indépendances jusqu’à nos jours a évolué d’une manière vertigineuse, de même que leur nombre. Un parti politique est une organisation politique regroupant des citoyens ayant une certaine idéologie ou certains idéaux en commun, et cherchant à obtenir le pouvoir dans le but de gouverner selon leurs principes.  Au Sénégal comme au Cameroun ou au Togo et dans la plupart des pays au Sud du Sahara, la démocratie s’est installée dans un contexte de luttes historiques. La liberté d’exprimer ses opinions est devenue ce gage de démocratie qui développa la création de partis politiques. Bien évidemment, dans les années 1970, il y avait à peine cinq partis politiques dans les pays africains. Le Sénégal, le Ghana, ou encore le Togo en sont des illustrations parfaites, mais les concepts du respect des principes démocratiques et des droits de l’Homme donnèrent le coup de salve à la prolifération des partis politiques, sans mettre sous éteignoir le désir des populations de se débarrasser des régimes monocratiques.

La question qu’il convient dès lors de se poser est de savoir s’il ne serait pas plus pratique d’encadrer la création des partis politiques voire leur fonctionnement, afin d’instaurer un univers politique plus sain et moins « encombrant ». Aussi faut-il souligner que, plus les partis politiques au Sénégal sont responsables et suivent les procédures législatives idoines, plus les populations se retrouveront dans leur politique, et plus le jeu politique sera mieux respecté.

Partis politiques au Sénégal

Crédit image : moda-international.org

Notre analyse dans ce billet s’articulera autour des perspectives de rationalisation des partis politiques au Sénégal, de la rationalisation juridique qui s’impose et de la nécessité d’une rationalisation politique. Dans le contexte politique actuel au Sénégal, avec les législatives de 2017 et les présidentielles de 2019 en vue, il va de soi qu’une rationalisation des partis politiques contribuerait à une stabilité du jeu politique.

  • Une rationalisation juridique vitale

Les creusets juridiques sur le statut et le fonctionnement des partis politiques au Sénégal justifient la nécessité de rationaliser celles-ci, ou plutôt leur statut.

Selon l’Article 4 de la Constitution Sénégalaise, « les partis politiques et coalitions de partis politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils sont tenus de respecter la Constitution ainsi que les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie. Il leur est interdit de s’identifier à une race, à une ethnie, à un sexe, à une religion, à une secte, à une langue ou à une région. Les conditions dans lesquelles les partis politiques et les coalitions de partis politiques sont formés, exercent et cessent leurs activités sont déterminées par la loi. ». Aussi la création d’un parti politique au Sénégal répond-elle à une procédure de déclaration préalable, situation qui oblige l’autorité publique à jouer un rôle passif. Elle délivre le récépissé après avoir enregistré la demande de la personne, sans aucun pouvoir d’autorisation ou de refus de ladite demande.

Pour permettre une meilleure structuration des partis politiques, il serait plus convenable qu’il y ait une autorisation préalable conférant au parti politique sa personnalité politique, comme c’est le cas au Cameroun ou en Guinée. Cette procédure d’autorisation préalable permet à l’administration d’opérer un contrôle a priori des demandes de création de partis politiques.

Ensuite, la constitution sénégalaise ne prend pas en compte la création de coalitions de partis politiques alors que l’univers politique sénégalais en regorge, d’où la nécessité de consacrer constitutionnellement cet autre aspect des partis politiques pour pallier à l’insuffisance de l’encadrement des formations politiques.

Nonobstant la rationalisation juridique nécessaire à un meilleur encadrement des partis politiques, une rationalisation politique s’avère tout aussi primordiale pour un univers politique plus sain au Sénégal.

  • De la nécessité d’une rationalisation politique

Comme l’a dit Louis Blanc, « ce qui effraie le plus dans les partis, ce n’est pas ce qu’ils disent, c’est ce qu’ils négligent ou refusent de dire. ». Du Sénégal au Cameroun et au Congo en passant par le Togo, le nombre de partis politiques a été multiplié par dix. Toute personne veut créer un parti politique, toute personne en crée pour véhiculer ses idées sans toutefois avoir les bases théoriques de l’exercice politique. Ce qui fait défaut en Afrique, c’est justement ce piètre savoir politique et cette méconnaissance de la politique en elle-même. Aussi les partis politiques restent-elles d’une certaine manière une façade pour des individus égoïstes d’où le manque de relation et de cohésion entre les premiers et leurs partisans. Notons que le clientélisme et le patronage restent les formules de persuasion qu’utilisent le plus souvent les partis politiques, quoique ces formules trouvent des failles dans le sens où l’électeur peut recevoir les Tee-shirts d’un parti et voter pour un autre. D’où viennent donc ces failles ? La stratégie du clientélisme est-elle la meilleure ? Le fonctionnement des partis politiques de nos jours n’est-elle pas sujette à discussion, au point de susciter au niveau des partisans ce manque de confiance qui les pousse à ne pas savoir à quel saint se vouer dans cet imbroglio de formations politiques ?

Nombre de partis politiques au Sénégal

Crédit photo : senenews.com

Parvenir à limiter le nombre de partis politiques sans enfreindre la liberté d’association garantie par la Constitution Sénégalais est un idéal auquel souhaiteraient parvenir les partis politiques eux-mêmes, afin de pouvoir mieux participer à l’animation de la vie politique. Aussi, en tenant compte des clivages socioculturels, la rationalisation des partis politiques demeure-t-elle une nécessité.

Moins il y a de partis politiques, plus leur organisation et leur fonctionnement seront plus efficaces. Le multipartisme n’est point une mauvaise idée, loin de là, mais l’encadrer s’avère plus bénéfique pour les partis politiques et le peuple. Les partis politiques jouent un rôle prépondérant dans le choix d’élites politiques, dans la détermination des idéaux de la jeunesse voire dans l’animation politique de leur pays, ce qui contraint l’arène politique à développer des solutions idoines pour une meilleure prise en compte des valeurs politiques.

La rationalisation n’est pas seulement à exécuter sur le plan juridique et politique, mais elle est aussi nécessaire sur le plan idéologique, concernant la pertinence des idéaux et de la philosophie des partis politiques.

S’il faut rationaliser le statut des partis politiques sans instaurer le financement égalitaire, sans rationaliser la politique citoyenne elle-même, la rationalisation restera vaine.

La combinaison de facteurs tels que les orientations idéologiques, des traditions, de l’ethnicité avec en toile de fond les aptitudes personnelles des leaders du parti politique, rend celui-ci différent d’un autre. C’est à travers cet ensemble que la rationalisation se fera d’elle-même sur le plan fonctionnel et idéologique avant d’arpenter ceux juridique et politique qui seront plus formels.

Cordialement.