7 hommes, un pays, un peuple : un peu de sérieux au Togo !

Article : 7 hommes, un pays, un peuple : un peu de sérieux au Togo !
19 février 2020

7 hommes, un pays, un peuple : un peu de sérieux au Togo !

Ce billet est co-écrit avec un ami togolais, doctorant en économie.

Le 22 février 2020, le peuple est appelé à arbitrer un combat électoral entre 7 hommes au Togo. Le peuple togolais aspire indéniablement à une alternance politique. Le Togo dirigé depuis 1967 par un seul parti, qui a su se réinventer pour rester à l’air du temps, de paraître plus attractif pour la jeunesse, reste de loin le seul pays d’Afrique subsaharienne n’ayant pas connu de changement dans la gestion de l’Etat. Cette envie de “nouveau” dépasse quelque bilan que l’on pourrait dresser pour les quarante années de gouvernance exercée par l’actuel parti au pouvoir. Cela devient encore plus pressant que les pays voisins ont fait et continuent de faire l’expérience d’une alternance politique continue.  Et les conditions de vie des populations viennent davantage accroître ce besoin d’alternance politique. Pour rappel, le PIB par habitant au Togo était de 620 USD en 2017 (pour une moyenne de 2 250 USD par habitant en UEMOA la même année). Le Smig est passé à 35 000 Xof en 2016 pour s’aligner sur ce qu’applique les autres pays de l’UEMOA depuis plusieurs années – la plus récente réforme en la matière a été faite par le Sénégal qui l’a porté à 50 000 xof (voir le country assessment).

Un départ volontaire de l’actuel Pouvoir, comme en République Démocratique du Congo, ouvrirait certainement la voie à une telle alternance.

Présidentielles 2020

Qu’à cela ne tienne, une alternance pour l’alternance ne réglera pas tous les problèmes du Togo. Il est nécessaire aujourd’hui pour le Togo qu’importe celui (ou celle) qui gère le pays d’avoir une vision claire.

Il faut que les conditions sociales s’améliorent ; que l’économie soit attractive,  compétitive et créatrice d’emplois ; que les hôpitaux publics puissent soigner à moindres frais, que les écoles et universités togolaises puissent donner aux jeunes togolais les compétences pour leur permettre d’être compétitifs et s’insérer aisément dans le monde professionnel local et international ; que les togolais puissent avoir accès à un habitat décent et que les zones rurales ne se sentent plus déconnectées des réalités du pays. Mais, cette mission, il ne faudrait pas la confier au premier venu.

Si les gouvernants actuels ne clarifient pas leur position quant à leur vision pour le pays, ceux qui veulent leur succéder n’apportent non plus aucune alternative crédible. Sur quelle base devrait-on alors les départager ? Sur quelle base veulent-ils que les togolais prennent parti et fasse l’arbitre dans une élection qui prend des airs d’élection de chef de classe ? Ils lancent chacun de grandes idées et espèrent être au pouvoir pour étudier ce qu’ils pourraient faire pour la santé, l’éducation, l’économie, etc.

Simulation de débat télévisé.

Les problèmes du Togo sont connus de tous, peine perdue de les énumérer. Ce que les populations demandent en revanche, ce sont des solutions, des réponses qui éclairent sur les politiques publiques qui vont être mises en œuvre dans les cinq prochaines années pour ne serait-ce qu’améliorer un seul secteur. Combien d’enseignants seront recrutés, à quel horizon et pour quel objectif ? Concernant la réforme du secteur informel : quelle mesure pour quel résultat ? Concernant le manque de médecins dans les hôpitaux, quelle stratégie pour quels résultats à long terme ? Pour la réforme fiscale et la lutte contre la corruption, etc… autant de sujets qui font débat, souvent soulevés par les politiques aspirant à la gestion du pays. Seulement, il demeure difficile à quatre jours des dites élections de percevoir ce qu’ils comptent faire pour résorber ces différents problèmes. 

Où veut-on en venir dans ce billet?

Impossible de mettre la main sur un programme ou un projet de société qui détaille point par point les ambitions, les mesures et les objectifs à long terme des différents candidats pour le Togo. Nous avons pris le soin d’analyser le programme de tous les candidats. Des mesures y ont été proposées sans stratégie claire de mise en œuvre par exemple. Ce manque aurait pu être comblé autrement par un débat télévisé entre les candidats ou encore une stratégie de communication plus présente auprès des populations. Parlant du débat électoral, la Télévision publique Togolaise (TVT) a initié pour cette année un cycle de débats où les candidats ont dû se soumettre à une série de questions qui leur permettait d’exposer leur vision et leur futur politique pour le pays. Ce fut une perte de temps. Loin de maîtriser les véritables difficultés du pays et les grands enjeux régionaux, les différents candidats font état d’un manque cruel de vision crédible susceptible de convaincre qui que ce soit. Un pays ne devrait pas être dirigé par tâtonnement. Pour un pays d’à peine 57000 km2 et moins de 7 millions d’habitants, un exercice de prospectives ne devrait pas être si complexe à réaliser. Informer les électeurs avec des données chiffrées serait déjà une démarche rassurante, plus convaincante que de s’appuyer sur la seule aspiration des populations pour une alternance politique. Échanger avec les électeurs des cinq régions (ce qui sous-entend que les candidats leur permettrait au minimum de leur poser des questions) en maîtrisant leurs réalités aurait permis un rapprochement réel. Il ne s’agit pas de faire des propositions écrites dans un document sur lequel on n’a d’ailleurs pas assez communiqué, mais il s’agit surtout de notre point de vue de démontrer et d’expliquer à la population les outils et les stratégies de mise en oeuvre desdites propositions. Voilà pourquoi il était important pour les candidats de se confronter lors d’un débat, ce qui les aurait au moins obligé à mieux se préparer, à mieux maîtriser leur propre programme après avoir pris le temps de lire le programme des autres candidats. Cet exercice est primordial pour des élections présidentielles ayant pour socle les programmes des candidats, surtout dans le cas togolais où les débats politiques n’y sont pas focalisés.. Il vaudrait finalement mieux pour les togolais dans ces conditions de traîner avec le démon qu’ils connaissent que l’ange incapable de leur promettre un avenir meilleur.

Le besoin ou la nécessité d’alternance ne devrait pas conduire le pays droit dans le mur. La classe politique togolaise dans son ensemble mériterait une mise à jour. Peut-être verrons-nous à l’horizon 2025 ou 2030, un candidat jeune, avec une expérience professionnelle capable d’identifier les problématiques les plus urgentes du pays, de les mettre en musique et d’apporter une vision et des réponses cohérentes qui permettraient d’élever davantage ce pays qui à l’aune de ses indépendances se réclamait comme la Suisse de l’Afrique. Il est également primordial d’élever le débat. Peut-être aurons-nous l’opportunité d’avoir au Togo des gouvernants plus conscients de ce que gagnerait toute la population (les gouvernants y compris) à vivre décemment. Peut-être aurons-nous des membres de la société civile capables de faire des suggestions à l’endroit des politiques du gouvernement sans craindre pour leur vie et celle de leur famille.

Pour arriver à cet idéal, il faudrait déjà mettre sur pied une consultation publique pour la mise en œuvre de programmes d’éducation et de santé adaptés aux réalités du pays. Aucun candidat n’en a d’ailleurs fait mention. Il faudrait en effet partir de là et former ensuite de jeunes esprits aux choses publiques et politiques pour qu’il y ait un minimum d’éthique et d’équité dans leurs actions. Il faudrait enfin prendre en compte la participation ou sinon la contribution de la main d’œuvre au sein de la diaspora togolaise.

Peut-être aurons-nous cette opportunité au Togo dans les années à venir…oui, peut-être…

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