Sénégal/Togo : 51% des jeunes estiment ne plus s’intéresser à la politique

Lors de mon séjour de deux années à Dakar au Sénégal (2013 à 2015), j’ai eu l’occasion de vivre la politique sénégalaise et d’analyser au loin la vie politique togolaise. J’ai donc décidé de Juillet à Octobre 2015 de faire une enquête auprès des étudiants sénégalais et togolais sur la problématique de l’émergence d’une nouvelle élite politique en Afrique Francophone. J’éprouvais le besoin de connaître l’avis des jeunes sur la vie politique de leur pays, le renouvellement de la classe politique ou encore l’engagement politique. Dans cette étude, je me suis focalisé sur les jeunes étudiants (sénégalais et togolais) entre 20 et 26 ans. Les questionnaires ont été administrés à 200 étudiants, dont 100 sénégalais et 100 togolais.

Pourquoi cette tranche d’âge?

Selon les résultats définitifs du recensement général de la population et de l’habitat de l’agriculture et de l’élevage, le rapport définitif de l’enquête présentée par l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie du Sénégal (ANSD) en 2014, montre une importante jeunesse sénégalaise. Ainsi, l’âge moyen de la population est de 22,4 ans et l’âge médian de la population est de 18,7 ans. Ainsi, ces résultats ne sont pas loin de ceux du Cameroun, un autre pays de l’Afrique Francophone, dont l’âge médian est de 17,7 ans et l’âge moyen de 22,1 ans. En 2012, l’âge médian de la population togolaise était de 19,5 ans. Ces résultats sur les jeunesses sénégalaise et togolaise, prouvent à dessein que les politiques ont un devoir de faire participer les jeunes aux décisions politiques.

Qui est défini comme « jeune » et qui se considère comme « jeune »?

Vu les considérations qui varient selon les milieux sociaux et culturels, nous appellerons donc « jeunes » deux catégories de personnes; la première sera constituée de ceux qui sont toujours au domicile familial ou qui sont sous le joug de la famille (16-20ans), et la seconde sera constituée de ceux qui ont (peut-être) quitté le domicile familial assez jeune mais qui n’ont pas encore terminé leur cursus universitaire (20-23ans) voire qui sont toujours au domicile familial mais qui n’ont pas encore un emploi stable rémunéré (23-25ans).

La notion de jeunesse pouvant englober des variables sociales et culturelles, il convient de préciser ici que l’étude prend en compte le rôle social, les responsabilités et les attentes.

Le thème de la Journée Mondiale de la Jeunesse de l’année 2015 va d’ailleurs dans le sens de la participation politique de la jeunesse : « l’engagement civique de la jeunesse ». Il est  conforme la déclaration de la Directrice Générale de l’UNESCO, Irina Bokova, selon laquelle les jeunes doivent avoir une place privilégiée.

Le poids électoral des jeunes est parfois négligé des politiques en Afrique francophone. Moins il y a de jeunes qui votent, plus le taux d’abstention demeure élevé lors des élections présidentielles ou législatives. Cette situation a été observée au Togo lors des dernières élections présidentielles d’Avril 2015. L’abstention des jeunes prouve tout simplement la frustration de la plus grande partie de la population togolaise, et j’avais tenu à l’expliquer dans un de mes billets.

L’intérêt des jeunes pour la politique

Selon les résultats de notre étude réalisée de juillet à octobre 2015, 51% des jeunes (les deux nationalités confondues), estiment ne pas s’intéresser à la politique, bien que la moitié des jeunes interviewés affirme suivre de près les débats politiques. 38% des jeunes togolais ont répondu ne pas s’intéresser à la politique et le pourcentage de sénégalais ayant choisi la même modalité de réponse est de 55%.

Et la raison principale évoquée par ces jeunes pour justifier leur désintérêt de la politique de leur pays se résume en une phrase : « la politique telle qu’elle est appliquée de nos jours ne m’intéresse point ».

Quid de l’engagement politique des jeunes?

Une grande majorité d’étudiants ont déclaré ne militer pour aucun parti politique. Près du tiers des étudiants qui ne militent pas pour les partis politiques  évoquent comme raison que les partis politiques ne leur inspirent plus confiance. Au Sénégal, les partis politiques sont au nombre de près de 250 et plus. Cette multitude de partis ne permet pas aux jeunes de faire confiance aux leaders, et donc demeurent réticents.

Ainsi, près de 63% des interviewés affirment ne vouloir intégrer aucun parti politique.

Quant à la question de savoir ce que leur inspirent les partis politiques, le doute et la méfiance ont été les propositions de réponses les plus choisies.

Selon les conclusions de cette étude, les jeunes s’intéressent aux débats politiques, et donc aux politiques menées par leurs leaders, mais ont du mal à s’engager. Notre étude s’inscrit dans la même logique que celle de l’Institut de sondage Afrobaromètre en 2015. Notre étude a été réalisée avant la libération de Karim Wade au Sénégal en 2016. Il faut également remarquer que Khalifa Sall semble être en 2017 la nouvelle figure politique dans laquelle se retrouve un certain nombre de sénégalais. Toutes ces situations ont peut-être eu un impact sur les avis qu’ont les jeunes sénégalais de la politique de leur pays en 2017, ou pas. Au Togo, il n’y a pas eu d’événements majeurs comme ce fut le cas au Sénégal, mais il faut noter que le malaise social de la population semble encore assez persistante. Toutes ces situations peuvent changer les données actuelles, aussi bien dans le bon que dans le mauvais sens.

Dans le but de permettre aux politiques et aux futurs élites de ces deux pays d’améliorer leurs politiques, l’étude a pris en compte les propositions et suggestions faites par les interviewés en 2015. Les résultats de cette partie de l’étude vous seront livrés dans un prochain billet.

Et vous, quelles propositions feriez-vous aux leaders politiques du Togo et du Sénégal, afin de leur permettre d’aller dans le bon sens et d’impliquer plus la jeunesse dans les politiques? Comment faire des jeunes des personnes engagées positivement dans la politique de leur pays?

PS : Merci à ce jeune juriste togolais de l’UCAD, à ce sociologue togolais de l’Université de Lomé et à cette enseignante-chercheuse en France, dont les apports à cette étude ont été déterminants.

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